nathalie epron auteure

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E On dira ce qu'on voudra 5

Dimanche

Naturellement, je n’ai pas fermé l’œil de la nuit. Au matin, vasouillarde, j’ai entendu des cris. J’ai déboulé dans la chambre parentale, il y avait les deux vieux emmêlés. Je les ai démêlés, non sans difficulté, tirant sur l’un, faisant taire l’autre avec une furieuse envie de les assommer tous les deux. Il lui avait apporté son petit déjeuner mais ça n’allait pas, ça va jamais qu’il maugréaitelle est jamais contente qu’il répétait, contemplant le bol d’eau sale qui était sur le plateau. J’ai réussi à calmer le jeu, la mère haletante, le père congestionné, même si je l’ai entendu en bas des escaliers filer un bon coup de pied, vu le couinement déchirant, à la vieille chienne aveugle, sourde et diabétique qui avait dû se mettre dans ses pattes. Je n’ai pas pensé à essuyer le front perlé de Maman, je n’ai pas non plus redressé ses oreillers mais je suis descendue, à mon tour, lui préparer un vrai petit-déjeuner.

Je voulais en profiter pour parler au grincheux à la pente brutale. Voyez un peu le tableau, la vieille fille rappelant le vieux mari à l’ordre de son devoir conjugal : T’as signé, tu t’y colles ; tu dois assistance à ta vieille épouse malade jusqu’à ce que la mort vous sépare. Tout en flattant l’encolure de la chienne qui, malgré ses malheurs, gardait son charme british chevelu acajou qui avait tant plu à sa propriétaire avant qu’elle ne veuille l’expédier dans l’au-delà parce qu’elle ne montait plus la voir (Pourquoi il la pique pas ? Ça sent le vieux chien malade dans cette maison !), j’ai essayé d’engager une conversation avec le revêche devenu sourd sur le tard.

Apparemment, il ne savait toujours pas comment faire fonctionner ses prothèses qu’il passait son temps à extirper de son oreille, les contemplant effaré comme des bouts de météorite tombés du ciel et les remettant sans rien faire là où il les avait trouvées. J’ai pris une profonde inspiration (Oui, j’étais un peu nerveuse, j’en conviens, qui ne l’aurait pas été en pareilles circonstances ?) et j’ai dit au père d’arrêter le carnage mais il n’était pas du tout d’accord. D’abord, ça n’a eu l’air de rien : C’est pas moi ! C’est elle ! Elle est jamais contente ! Y’a rien qui va jamais ! qu’il a commencé morveusement livrant bataille aux pages de son journal. Ensuite, il y a eu le registre des réclamations : Quoi que je fasse, c’est jamais comme il faut, elle récrimine tout le temps ! qu’il a continué à moitié larmoyant, sa tête de vieux poupon dodelinant comme le balancier d’une pendule. 

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15/05/2018
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