nathalie epron auteure

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B On dira ce qu'on voudra 2

C’était un mois d’avril frais, pas vraiment printanier, un mois d’épousailles et de funérailles puisque ma mère est morte au moment de son anniversaire de mariage, 56 ans après jour pour jour. Je ne veux pas dire qu’elle l’a fait exprès, mais quand même ce pied de nez à la face de son mari qu’elle ne pouvait plus voir en peinture vu comment il l’a traitée à la fin et même au début de sa fin et même après sa fin, même si elle n’était plus là pour le voir…

On ne pouvait pas vraiment lui en vouloir qu’on aurait pu penser car il s’était mal remis de la mort de son fils, en plus de la maladie de sa femme. Il avait été en quelque sorte dérangé par le malheur, ce qui dans sa situation était plutôt une chance car le réel lui filant entre les neurones, il pouvait ainsi lui échapper, tranquille, peinard avec ses trous dans la tête. Sauf quand y régnait la tempête, qui semblait bien plus fréquente sous son crâne que dans n’importe quel pays tropical à l’époque des typhons. 

C’était pitié de le voir et j’avais quand même un peu de peine, mais j’en avais bien plus pour ma mère qui régnait sans doute sur mon cœur depuis toujours. Elle avait ma préférence, j’étais sa préférée : tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes, sauf qu’il y avait cet homme et ses autres enfants, et qu’elle ne voulait ni de l’un ni des autres, à l’exception de ma sœur jumelle qui était dans sa tête ma doublure bien commode quand je n’étais pas là. J’ai traîné des pieds, j’ai freiné des quatre fers pour ne pas me précipiter à son chevet, sentant ses derniers jours arriver. J’ai fini par prendre le train. Il pleuvait sur Nantes ce jour-là.

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13/04/2018
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