Le petit théâtre de Cage Marais (29)
Emmène-moi
Cours-moi après toi
Tourne-moi vers toi
qui te cherche
Ton front derrière tes boucles
ton souffle derrière mon cou
ton nom entre dix mille
Massif d'arômes et de couleurs.
Tout en toi est précieux.
Où te diriges-tu ? Je vais te chercher
Allez, viens !
Qu'est-ce que tu attends ?
Viens !
viens,
je te regarde.
Et de revenir encore à ce nous distancé qui vagabonde dans le monde. Nous y marchons parfois en nous donnant le bras. Notre chair ensemble est un parfum ancien imprégnant les matins. Notre pas ensemble est un rythme d'avant cadençant des serments.
Tout cela n'est rien,
tout cela est tout.
Je ne sais rien de toi qui ne sais rien de moi. Juste la présence d'un corps s'appuyant sur l'abandon attentif et muet d'un autre corps. Heures royales, empourprées, nous sommes bruyantes parfois à rire et à chanter :
Eperonnons, cravachons,
Le galop c'est mon rê-êve
Galope, galope ou crè-ève
Le galop, c'est ma loi, c'est toi !
L'air entonné en entraîne mécaniquement un autre, le même toujours :
Qui qu'en veut d'mes philanthropes,
De mes renonculacées,
Qui veut de ma fleur d'Isope
Et qui veut de mes pensées.
C'est alors que je me demande qui tu peux être, frêle silhouette qui traverse toutes mes lentes visions. Je n'ai pas d'autres rêveries que toi, et c'est peut-être dans tes yeux, mon front appuyé tout contre ton front, que je le découvre. Que je découvre ce que t'appeler mon rêve veut dire. Partie de moi, tu es la plus réelle. N'est-ce pas moi le rêve et toi le réel, moi qui suis ton rêve et non pas toi un rêve que je rêve. Qui sait si en te rêvant, je ne me crée pas moi au creux des songes, m'inscrivant au centre d'une ronde d'origine vulvaire et je regarde ces hommes au comptoir, issus aussi de la vulve qui s'est ouverte un jour dans un flot de sang et de placenta. Je pense à toutes ces femmes au-dessous du poids lourd de ces corps remuants, à tous ces hommes que l'amour a surpris enlaidis au lit. Je pense aux femmes qui les ont renversés, qui les ont maintenus, qui y ont cru. Qui sait, si tout comme elles cabossées par la légende du prince charmant, te rêver n'est pas simplement te rencontrer.

Commentaires
Françoise le 09/03/2008 à 12:43:08Le rythme s'accélère, ça sent la fin, snif...