nathalie epron

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Le petit théâtre de Cage Marais (22)

Je rencontre un garçon. Je le laisse faire. Je me laisse faire. Il s'approche à petits mots lors de cet intermède musical. Il s'y connaît un peu, ancien élève du Conservatoire de Genève, et il aime à la manière de J. Bedford les femmes délaissées par d'autres rendues folles, qui ont sur le visage un air de revenante. Il me le confie un soir de demie lune, un soir où il veut démasquer la femme blessée, celle qui lui plaît. Mais je ne suis pas celle qui lui plaît puisque je ne suis pas blessée, pas réparée non plus. Je suis autre, sans passé sans avenir, sans autre ambition que présente au présent. Il entête l'illusion, je le laisse s'obstiner parce qu'il est joli garçon. Je comprends tout, je n'exclus rien. Pas même la lueur sauvage de son oeil, pas même sa bouche luisante à la lumière de la bougie. Vraisemblablement, il appelle la femme de ses rêves et je creuse autour de ses phrases des tranchées de silence qui ne le rebutent pas. Entré dans le bavardage, il me parle des femmes qui redonnent aux hommes les vertus de l'enfance : les montagnes à gravir, les trépignements de l'envie, les mots à inventer. Je ne suis pas, jamais, ce retour aux sources. Je laisse sa mystification occuper la distance et je ricoche mon regard de cette jeune beauté aux sillons incroyablement mobiles du vieux joueur de cordes. Je voudrais une photo de ces deux faces, un condensé extrême de l'existence en 10 par 12. Je vole le cliché un jour de grand vent et de grand soleil : le vieux a le visage défroissé, le jeune tout froncé.


Article ajouté le 2008-01-29 , consulté 3601 fois

Commentaires


Petra Cansada le 04/02/2008 à 09:01:13
Oime il bel viso Oime il soave sguardo Oime il leggiaro portamente altero.

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