nathalie epron

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Phnom Penh/Cambodge

L'Histoire tempête et on peut toujours fondre en flaques à chaque barbarie qu'on nous pointe sous le nez. Au vestiaire de l'oubli : les habits des bourreaux, les guenilles des victimes et l'épouvante des visages grimaçants. Tous ces corps allant à l'abattoir et l'anonyme ci-gît fait de moi, comme d'autres avant qui ont fait le voyage, une loque hoquetante de l'horreur répétée. Fragilité d'un peuple "auto-génocidé" contenue dans ces corps explosés à chaque coin de rue. Mutilés aux moignons exhibés pour quelques riels, aveugles aux rétines révulsées par l'éclat de la mine, culs de jatte armés de la seule force des bras, grands brûlés sans visage et nous qui passons sans les voir une fois qu'on en a vu un puis deux puis dix... Tout flambe au feu de cette réalité incendiaire : des montagnes de crânes et d'ossements dans la cour de récré d'une ancienne école. Un cauchemar d'humanité (puisque l'humanité est bien ce qui relève de l'humain) et un nom qui saigne rien qu'à l'entendre : Kmers rouges.  Un jour, tous s'en iront sans avoir rien dit.  L'atroce silence des idées folles. Au dépotoir de ce terrible XXème siècle, ils sont près du couvercle qu'on a du mal à refermer. Nous avons encore d'un degré dégringolé dans l'ombre.



Article ajouté le 2007-11-23 , consulté 2845 fois

Commentaires


Sister le 23/11/2007 à 15:51:49
Te souviens-tu de ce prof de français, par moi admiré, qui ne cessait de nous parler de Pol Pot avec une fébrilité et une hargne que les années n'ont pas effacé de ma mémoire. La trajectoire désordonnée des craies qu'il balançait alors furieusement au-dessus de nos têtes a tissé en moi une sorte de barrière mentale et je n'ai jamais pu me résoudre à franchir la frontière...

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