nathalie epron

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Sadec/Vietnam

Comme à chaque fois que nous sortons des sentiers traditionnels, nous sommes plus vus que nous ne voyons dans cette bourgade prospère de l'ancienne Cochinchine où Marguerite Duras vécut une bonne partie de sa prime jeunesse. Doucement remuée en partant sur ses traces : l'école joyeuse

où je demande à voir le livre d'archives qui consigne son histoire et d'où se détache l'élégante écriture de Mme Donnadieu mère, directrice de l'école des jeunes filles dans les années 20.

Quelques portraits couleur sépia de cette femme et de sa fillette : un air sévère d'institutrice que je ne peux m'empêcher d'associer au personnage délirant du Barrage que je viens de relire. Cette femme imposante, prématurément vieillie, qui pose en tenue noire avec une expression d'austérité et d'autorité à côté d'une très jeune fille gaie et espiègle, était aussi exposée à Hanoï ou des photos intimes (certaines peu connues) de Duras lui rendaient un discret hommage. Le rapport à la mère, terreau fertile de son oeuvre, réduit à trois photographies a, bien sûr, quelque chose d'émouvant et d'autant, quand l'institutrice parlant français me demande s'il est vrai qu'elle n'aimait pas "sa maman".

Elle semble consternée par ma réponse mi-figue mi-raisin. Pareillement pour l'amant, je parle roman quand elle me parle réalité qui, à ses yeux, semble seule donner du prix à la littérature. Une bande d'enfants bavards et rieurs, en uniforme bleu marine et blanc, nous entourent. Certains s'approchent pour me dire fièrement quelques mots en francais, d'autres m'observent en silence et c'est avec dix petites têtes brunes s'amusant à lorgner par-dessus mon épaule que je feuillette le grand livre tenu soigneusement comme un cahier d'écolière.

Un peu plus tard, dans la maison de l'Amant, je prends une tasse de thé vert, tenu au chaud dans une noix de coco séchée, en compagnie d'une jeune femme silencieuse et prévenante qui m'invite, avec de petits gestes curieux, à croquer de la citrouille confite.



Article ajouté le 2007-11-19 , consulté 2782 fois

Commentaires


Sister le 20/11/2007 à 12:36:10
Sadec, 10 ans déjà, et toi, toi là-bas au milieu de cette vaste plaine alluviale et son entrelacs d'illusions, épiant les traces laissées par la veuve Obscur sur la petite Donnadieu... Combien cela est venu alimenter le singulier de son dire plus tard. Je me souviens de mon émoi, de la lumière qui monte comme au premier matin du monde, et de l'épreuve prometteuse : écrire non comme on respire mais pour mieux respirer...
Mic le 19/11/2007 à 15:57:09
Changement radical d'atmosphère qui nous ramène en territoire plus connu donc plus rassurant.... quelque part. Et puis il est plus facile pour nous, lectrices ou lecteurs, de mettre des images sur ces mots, et sur ce pays.

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