Bangkok

Après quelques jours, le vacarme ne m'agresse presque plus, l'air vicié non plus... En revanche, je n'arrive pas à manger.

J'ignore si c'est cette pléthore de bouffe exposée partout qui fait que je ne sais où donner de l'estomac, mais ce qui est certain, c'est que j'ai l'appétit coupé

par le seul prodige du regard qui n'arrive même plus à se poser tellement il est happé par la profusion,

la diversité des formes et des couleurs destinées à être englouties par d'autres que moi.

Le plaisir évident, à chaque heure renouvelée dès potron minet, que prennent les Thaïs à manger m'emplit tout autant.

Je vois Bangkok comme un énorme tube digestif, animé par des millions de bouches qui s'ouvrent et se referment tout aussitôt

sur des saveurs inconnues

qui, a priori, le resteront.

Le summum a été atteint quand, résolue à combler mon ventre creux, je me suis engouffrée dans un temple de la bouffe, au rez-de-chaussée d'un gigantesque centre commercial.

Partout du riz et des nouilles sautés, des curries et des phat; partout des raviolis, des sushis, des boulettes; partout des ramen, des makis, des pho; partout, tout bellement présenté et moi qui ne sais être qu'un oeil avide et un estomac vide.

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