Munduk/Bali
Enveloppée par l'odeur des clous de girofle qui sèchent étalés au soleil sur les toits,
les trottoirs, je laisse venir à moi les bruits de la rue, le caquètement de la volaille qui m'accompagne de très près tandis que je lis Mes vingt ans de Clara Malraux, le froissement des sarongs de mes hôtes constamment affairés en dévotion ou en attention, le chuchotement fureteur du balai qui court partout et les cris d'une nature que je ne reconnais pas. Depuis trois jours, je loge chez l'instituteur d'un petit village de montagne, dans une vieille maison hollandaise édifiée lors de la colonisation. Munduk est plus prospère que nombre de villages traversés aux couleurs de misère. Ici, il semble y avoir du travail pour tout le monde, entre plantations de café, cacao, vanille et rizières étagées, sans oublier les clous dont ils font moins d'histoire que les zanzibarites...
Je marche beaucoup dans cette campagne qui paraît déserte, où je me crois seule. En fait, je suis beaucoup plus vue que je ne vois.
Aux visités dont les secrets resteront enfouis.
Puis des rencontres arrivent, avançant toutes joyeuses au bras de leur jeunesse : du haut d'un cocotier, d'un sentier insoupconné, du berceau fragile d'un ruisseau. L'échange se fait dans un sabir mi-indonésien mi-anglais et la portée fragile des syllabes se finit souvent par un trinquage de jus...
Qui vous êtes, ils veulent le savoir les yeux fixés sur vous, réfléchissant tout à la fois leur curiosité de l'étrangère et leur magnifique ciel d'été. Ils offrent sans compter leurs faibles merveilles et moi, je leur donne si peu.

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