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Ecrire, disent-elles


Une femme écrivant une lettre, Johannes Vermeer, 1666

De toutes les expressions créatives, l'écriture possède un statut singulier qui tient à la simplicité de ses conditions d'accès (un crayon, un papier, du temps et une chambre à soi - encore que Jane Austen a composé la majorité de son oeuvre dans un salon et que Sarraute ou Beauvoir aimaient à écrire dans les bistrots - donc ni moyen ni formation particulière hormis savoir lire et écrire) et qui fait que depuis très longtemps les femmes s'en sont emparé, même si c'était essentiellement dans un registre privé, là où écrire n'était encore que l'ombre de l'écriture, une façon de se poser face au monde sans encore poser sur le monde un regard qu'il n'attendait pas et qu'on peut appeler la littérature qui, paradoxalement, a toujours été considérée comme la plus dangereuse de toutes les expressions car la plus accessible en étant de l'ordre du langage. Autant, on a toujours encouragé les femmes, dans les milieux aisés,  à pratiquer l'aquarelle, le chant, le piano pour l'agrément des pères et des époux, autant l'écriture elle, a toujours recelé une menace car elle n'est pas réductible à un pur divertissement. S'engager dans le langage n'est jamais innocent et bien que nombre d'écrivaines ne soient pas subversives, il suffit que la possibilité existe, qu'une faille soit ouverte pour que la suspicion se généralise. Les femmes auteurs seraient avant tout des auteures de désordre, des perturbatrices de l'ordre social.

Les femmes et l'écriture, c'est donc un long chemin tortueux. Les femmes et la littérature, c'est une histoire compliquée, difficile, infiniment porteuse de contradictions puisque leur beauté pendant longtemps serait celle dont on parlerait mais qui ne parlerait pas. La femme auteur est encore à bien des égards un personnage, un type où s'investissent les fantasmes de ce début de XXIème siècle. Certes, elles ne sont plus désignées par les expressions imagées et dépréciatives de « femmes savantes » ou de « Bas-Bleu » mais elles sont encore marginalisées par le discours pauvrement généralisant de la critique qui se transmet de génération en génération. On connaît les pseudonymes masculins d'emprunt qu'adoptaient les auteures au XIXème siècle pour contourner la misogynie ambiante, on sait moins que nombre d'écrits produits par des femmes à l'époque paraissaient sans nom (cas éloquent de la sœur de Balzac, Laure Surville), ce qui a aussi contribué à les faire disparaître.

A travers la figure de l'écrivaine, ou plus généralement de n'importe quelle créatrice, c'est la femme comme représentante de la différence sexuelle qui est systématiquement convoquée, avec tout ce que cela implique comme préjugés, assignations normatives, limites réductrices, tueries symboliques en série...



Article ajouté le 2007-02-26 , consulté 2097 fois

Commentaires


Camille le 02/03/2007 à 15:39:20
merci d'écrire ce que tu écris et vivement de t'écouter, il faut dire et redire, répéter ce que l'on sait à ceux ou celles qui ne savent pas, le dire gentiment mais le dire fermement, faire passer de là où on regarde à là où ce n'est pas encore regardé, patiemment, avec le goût d'emmener et dans le plaisir de l'échange, de la chose vivante à partager.

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