Le petit théâtre de Cage Marais (6)
Je ne sais rien
Et
je ne veux pas savoir
la confidence inutile, la confiture poisseuse
des souvenirs.
J'apprends
dans tes gestes
uniquement
le passé qui
te
fait
désé-
quilibrer
le corps
et lester ta main de lourdes claques.
Dans ce sérieux qui te prend,
j'ai toutes les patiences de tes impatiences,
tout l'infini de tes frontières,
toutes les nourritures pour rassasier ton ventre creusé
toutes les deux heures dès le matin cinq heures
et,
quand tu perds ta culotte
je t'en trouve d'autres
que tu perds aussi parce que tu n'es pas femme culottée
ou alors dans l'abri écrit bien au
seul
de ta pensée.
Je te vois venir la culotte sur la tête, la boucle hilare
comme entrée en résistance face au désir
du monde.
Tu parles dans ton rire d'une
petite épouvante.
Je suis assise à te regarder venir,
sans attendre rien de précis que
cette petite épouvante parlée
dans ton rire.
Si je t'imagine :
c'est comme ça que je te vois
la culotte à l'envers
comme on peut désirer
ne pas avoir de fesses ou de tête
c'est pareil.
Tu deviens un pur lieu d'accueil pour plus
important que toi, pour tellement plus intéressant que
toi.
C'est là que j'aime
dans la disparition
dans la désaffection physique et mentale
de ton être ôté de toi-même.
Tu recouvres ta voix maquillée, tes
gestes habillés,
tu enlèves la culotte, tu reviens
Nathalie
là où tu t'es laissée,
au même endroit où tu t'es lassée.
Je suis assise à te
regarder revenir,
à te regarder remiser ton autre silhouette
dans la penderie.
Dehors, le tremblement des êtres dans l'amour tels que tu te plais à les
rencontrer. Je te regarde par la fenêtre, la pluie a cessé dans cet automne
encore en été.
Laisse
tes lèvres de fiancée ; remets tes bracelets, tes bagues, tes colliers,
Je peux tout inventer pour toi magnifique.
Des crayons suspendus au-dessus de ta tête
et je te
donne à boire la moitié du jus de ma prune
et
je trouve à manger sur tous les sentiers du monde
et
je couds l'ourlet, tous les ourlets de tous tes pantalons
et
j'embrasse toutes les bouches que tu embrasses
et
les fronts caressés par toi sont fronts caressés par moi.
Mon amour est à moi et moi à lui.
Je ne le lâche pas sur la méridienne pourpre, dans la citrouille où je creuse
le potage de plusieurs jours,
dans tes pas à mes pas précédés
au tournant de la rue.
Je ne le lâche pas sur les mers où
passagère unique
d'un cargo égaré dans chaque port du monde
tu es pareille
aux femmes attendant le rêve d'une vie pareille
aux marins perdus à terre se pendant aux grues
des quais abandonnés pareille à la
liseuse avec le souvenir d'un livre dans chaque port
pareille
au mouchoir agité d'une main faiblissante dans la lumière
du phare.
Mon amour pendu à mon cou arpentant les quais inhabités,
monamour collé à mes reins résigné à l'allure
mon amour dans mon ventre
grandissant dans le temps où
nous sommes ensemble
où nous sommes
séparées par la course des carosses dans la tête des fées.
Mon amour dans la vague qui connaît
un peu
la solitude que je connais.

Commentaires
Cecilia L. le 18/05/2008 à 17:16:09C'est l'adieu à l'histoire, juste retenue la trace qu'on en garde.
Anthony le 17/12/2007 à 15:32:51
C'est du foutage de gueule, non ?
naisioxerloro le 29/11/2007 à 11:37:23
Hi.
Good design, who make it?
Lilian le 18/12/2006 à 09:55:04
Le déroutage poétique est aujourd'hui la seule façon de lire une réalité mosaïque qui semble échapper à la raison et qui pourtant la rejoint.