Le petit théâtre de Cage Marais (4)
A l'endroit merveilleux où elle est,
dans cette falsification où elle se sent bien, succède la
tricherie révélée
et ses yeux sombres verts
en interrogation
dans les allées désertées du zoo de Vincennes
qu'une cabriole de jeune babouin ne divertit pas,
dans les galeries du Louvre ou les arts islamiques ne
lui parlent pas, où la Joconde coincée dans un petit format
la déçoit,
un peu plus saisie
au musée Maillol
où elle voit dans les jets de Basquiat
elle-même
jetée
dans
le
monde.
De nouveau vertement assombrie,
le couvent des Cordeliers hanté d'assassins et
d'assassinés
qui des deux est le plus cruel ?
menace l'éclaircie de ses ombrages
feuillus aux Buttes Chaumont où elle marche seule,
vingt mètres devant.
Les marches de Montmartre la rebutent, la renvoient à
d'autres ascensions.
POURQUOI tu ne me grimpes jamais dessus ?
Comme la preuve du plus grand
de l'amour,
dans ce sommet du phantasme dauphinois dans
l'ignorance des désirs atlantiques.
Le hâvre-trou
à longueur de nuit
le majeur et l'index mouillés
comme une reconnaissance de la mer étrangère,
un langage
nouveau
qui se passe de mots-valises
pour partir en voyage.
Puis mamantoi console
lui dit que si
le voyage est encore possible,
qu'il peut franchir toutes les femmes, s'enfoncer
partout
dans l'humide moiteur d'un lieu sous mousson
et mousse son envie au seuil de la porte immensément ouverte.
Un peu de guerre s'éteint,
rapidement s'éteint l'incendie
à gestes répétés
au grincement régulier
du lit
où corps embrassés, en brasier s'étendent.
Il en faut trois.
A deux, rien ne se fait qui ne soit siamoiserie.
A trois, un peu de joie.
On se trompe
parfois
entre
coucherie et accouchement,
on se trompe tout le temps sauf quand on écrit sauf
quand on vit voulais-je dire.
Je peux réparer
les chaises cassées
la machine à laver
emballée qui rince le sol autant que le linge,
je peux tout réparer
je peux construire,
tout.
Une cabane pour l'été,
un nid d'aigle pour toi seule,
un horizon maritime pour qui veut
et
occuper les lieux même s'il y en a dix pendant moi.
Je peux
le festin de Babeth,
la souffrance du personnage en mal d'auteur,
et sourire de souffrir à ce qui disparaît
mais
pleurer uniquement devant la beauté du monde avec
sa laideur tellement dans la tête,
sa mocheté grimaçante
qui me tire la langue
et à qui je tire le portrait
quand je larme l'arme toujours prête
à tirer
vers le flanc qui s'avance flanche de la balle comme une
boule
qui fait
un gros trou
et j'introduis mon doigt dans
cette trouée de vie qui n'en a plus pour longtemps
à rougir et à palpiter.
Je suis
d'un genre particulier
à vouloir pénétrer ailleurs le corps de l'amour,
pénétrer l'entraille,
pénétraille
où il faut que
j'aille
je te retrouve.
Je peux imaginer d'autres orifices par lesquels
pénétrer.
Pas dans ce chemin emprunté,
creusé,
sillonné
par d'autres
mais dans un autre que j'invente dans
tous
mes yeux
sur toi,
dans tous mes rêves
qui ont pris forme
le soir
de cette silhouette
assise et distante
qui m'interroge insistante
au trottoir de minuit
quand vient à ses oreilles
l'improbable d'une mâchoire fracassée
d'un coup de pubis.
Ta
hantise
ensuite d'embrasser un fracas.

Commentaires
Artis le 28/11/2006 à 17:17:35J'attends les suites de cette prose qui sait ménager les effets de suspension et dérouter les registres de narration. Qui parle et à qui parle t-elle cette prose quand elle nous parle d'elles...
mic le 19/11/2006 à 14:16:02
Cette poésie intrusive force à l'auto-protection.
Je viens de réaliser que l'espèce de tension qui m'habite chaque fois que j'entrevois le point final, est en partie liée à une lecture effectuée en apnée.