nathalie epron

Annonces




Foule Sentimentale (les Géants de Royal Deluxe à Nantes)

Le coeur d'une ville battant comme le coeur éperdu d'une enfant, voilà ce que Nantes connaît, reconnaît en ces jours de juin où le ciel même retient ses larmes. Toute d'attente vêtue, elle renoue avec son caractère foncièrement onirique que Breton avait su déceler en ses charmes, longtemps perdus,  et retrouvés, ravivés, magnifiés depuis que j'ai quitté la grisaille adolescente. Surréaliste en lui, Nantes l'est aujourd'hui en chacun de nous dans un élan joyeusement consenti.

La foule aux yeux brillants, aux joues rougies par l'effort, n'a rien de baladeuse. A belle allure, elle martèle de ses milliers de semelles le haut pavé nantais et ses imaginations. Elle espérait depuis si longtemps le retour de SES voyageurs de légende. Le bruit a couru depuis quinze jours : ils reviennent ! Enfin, ils sont là !

Les Nantais ont annulé leur week-end pour se rendre entièrement disponibles et accueillir l'improbable rencontre du merveilleux saisi au coin des rues. Ils les avaient déjà poursuivis en d'autres temps quand des petits, hissés sur les épaules calmes des grands hissant leurs yeux aux cieux, n'étaient pas nés. Mais ils savent déjà ces mioches chanceux que des Géants à Nantes, ça arrive et qu'il est tout naturel de les accompagner de jour comme de soir tout au long de leur séjour. La belle évidence. Et personne ne s'étonne des questions à l'inconnu : elle est où la petite Géante ? Il va surgir d'où le Scaphandrier ?

Chrono en main, la marée humaine envahit le coeur élargi de la cité. Des milliers de personnes convergent vers des lieux tenus secrets enfin dévoilés.

La petite Géante connaît son premier réveil sur la calme place Viarme. Ses longs cils reposant sur ses pommettes hautes s'agitent faiblement, sa poitrine animée par un léger mouvement, se soulève plus régulièrement. 

Elle ouvre en grand les yeux et pose un regard étonné sur ce monde qui l'entoure et qui, au diapason, retient son souffle. Encore quelques minutes pour lui laisser le temps de sortir de ses songes et timidement, puis franchement crépitent les applaudissements. Sitôt apparue, sitôt adoptée, l'épopée peut commencer : elle prend sa douche,

 s'habille, revêt sa robe verte, son ciré jaune,

prend place sur un rafiot au roulis dansant et c'est parti pour explorer les désirs d'une ville, tous les désirs possibles avec ses impératifs de fillette : trottinette dans les vieux quartiers, pause pipi rue de Lamoricière,

déjeuner place du Sanitat, sieste place de la République et la rumeur enfle, elle dormira ce soir dans la demeure ducale. Le monde entier s'y précipite. La lumière est superbe en ce soir finissant et les vieilles pierres pareilles prennent le reflet doré des moments rares et précieux. Un frémissement court le long de l'échine minérale et humaine sous l'injonction d'une respiration suspendue au filin de la grue qui transporte la petite de 7m50 à l'intérieur des hauts murs. Dans la nuit qui doucement descend, descend lentement le rêve jusqu'à disparaître.


Au matin d'un nouveau jour, nous sommes encore plus nombreux au rendez-vous. A la promesse tenue d'instants magiques, les yeux encore veulent voir, les corps encore recevoir l'enchantement et la tête emportée vers le grand large des émotions, nous attendons un peu fébriles les retrouvailles avec le Scaphandrier. Qui se font désirer. Lui est impressionnant, armuré en Géant de la mer.

Il a pris tout son temps pour émerger du canal Saint Félix

avant de rejoindre la terre ferme en quête de sa nièce.

Au son de langueurs océanes, il parcourt le cours des Cinquante Otages, le cours Saint Pierre, larges comme des bras de fleuve, mais c'est dans un tumulte atlantique, qu'il descend l'étroite rue de la Barillerie, frôlant façades et résidents collés au balcon. Le tremblement du sol gagne tous les lilliputiens s'écartant sur son passage mais son regard doux derrière le verre du casque achève de rassurer bambins et parents un instant apeurés.

Et les rues du quotidien, toute la journée encore, s'animent de cette inlassable quête devenue le seul réel à vivre ; les boutiques ferment plus tôt, les sourires se répondent dans ce voeu muet pressé de se réaliser : ils vont se retrouver.

La conquête poétique d'un territoire familier s'est emparée de tous et à 18 heures tapantes, sur cette gigantesque et morne place de la Petite Hollande, la foule rêverie au front s'élève toujours plus en sensation. Douceur de la rencontre, de l'échange,

de l'étreinte entre les deux Géants. Tant de douceur sans écoeurement (quelle prouesse en cette époque régressive...) réconcilie avec l'humanité d'une fraternité qui ignore le crime.

Elle est précisément tout entièrement là contenue la magie de cette saga, à chaque épisode renouvelé : arriver à transmettre des émotions sans démagogie, à exprimer l'exclusive des bons sentiments sans manifestation dégoulinante et manipulation onctueuse. Séquence irrépressible et troublante qui touche à l'universel à laquelle fait écho une foule attentive aux réactions retenues dont seul le mille et un visage éclairé et ouvert suggère l'alliance parfaitement réussie du populaire et de la qualité. Patiente, elle les veille jusqu'au sommeil et lentement se disperse pour les retrouver dimanche matin au moment où leurs yeux, une dernière fois, s'ouvriront sur cette masse humaine silencieuse toute tendue vers leur chevet.

Le jour du départ ne se vit pas sans un serrement au coeur, sans un étrange petit noeud dans la gorge.

Que nous font-ils ainsi quitter à pas de géant ? Plus d'une centaine de milliers de spectateurs se déploie sur les ponts, sur les eaux, sur les quais, au bord, tout au bord du rêve qui s'éloigne en ciré jaune et en scaphandre de cuivre.


On le sait, il y a toujours un goût d'aventure au fond d'un estuaire, des légendes, des rêveries et des héros de roman jusqu'à la mer. Nantes possédait déjà sa mythologie portuaire - poétique et triviale - dans son sillage désormais à jamais les traces de ces deux personnages prolongent l'envoûtement. Ils voguent déjà au loin, nous laissant les mains vides dans la clameur finale. Navigateurs orphelins sur nos mers intérieures, nous imaginons déjà des escales futures, d'autres romances à partager avec la même ferveur et surtout, surtout avec semblables arpenteurs.





Article ajouté le 2009-06-06 , consulté 1872 fois

Commentaires


Lola de Pommeraye le 22/06/2009 à 09:33:59
Vous qui l'avez écrit de si belle manière, soyez en remercié
Aurélie le 16/06/2009 à 08:33:09
Une belle émotion collective que vous savez traduire avec une justesse et un regard étonnant
Nico le 15/06/2009 à 12:00:02
C'est génial de lire des choses pareilles sur cet évènement. Moi, j'y étais et tout ce que j'ai ressenti, je le retrouve dans ce que vous écrivez. Alors merci, merci encore à vous de prolonger par les mots (et les photos)ce moment enchanteur.
Hic le 07/06/2009 à 13:30:37
Et pourquoi nous, on n'a pas ça chez nous ? C'est peut-être pour ça, qu'aujourd'hui, le ciel strasbourgeois ne retient pas ses larmes...
Carensac le 07/06/2009 à 13:00:59
On s'y croirait !
Léa le 06/06/2009 à 19:54:15
C'était vraiment super, avec de la follerie un peu partout et des gens qu'on ne rencontre pas tous les jours !

Poster un commentaire





http://





Merci de recopier le nombre présent à gauche dans la case de texte ci-dessous ( Pourquoi ? )





Liens

Voir les articles de la catégorie " Manifestations/débats "

Imprimer cet article

Retour aux articles