nathalie epron

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    Le petit théâtre de Cage Marais (Fin)

    Mais tu n'es pas le refuge d'une amoureuse, pas plus la lumière d'une longue nuit d'hiver, pas plus le plein d'une béance, toi plus trou que moi, plus vaine encore, sans plus de sens si c'est possible. Ta vocation est d'être superflue, inutile, ornementale. Ta vocation à te regarder vivre pour en faire des livres. Mais tes phrases ne sont que matière raide et douloureuse. Tu n'es que le profil d'un livre, moi si je le pouvais, je bâtirais une épopée sur ce rêve de t'aimer. Je me penche sur ton ventre blanc, au ras de tes eaux nocturnes, en sachant bien qu'il ne dure pas le désir d'y plonger. Je te regarde au-dessous de moi, captive volontaire aux yeux grillagés, aux lèvres dessinées pour le cri et j'entrevois la fin d'un monde qui murmure, qui meurt, meurt. Je reviens aux hommes d'un instant, à leurs rêves noyés dans des verres se succédant sans soif. Je fais comme eux mais rien ne m'abîme, rien ne me précipite. Je t'attends et je condense en moi toutes les patiences du monde. Tu es une machine poétique et ta peau sur les os un poème, celui infini que je récite les yeux fermés pour mieux voir, pour mieux accueillir. Que tu reçois en souriant. Je fais avec toi comme je fais avec les autres. Tes coulées de lave, tes coulées de larmes n'y changent rien. Je reste moi au-delà de toi avec le compagnon de tes origines statufié en terrasse pour donner sens à la formule monument littéraire. Les chiens, quand même, pissent dessus.



    Article ajouté le 2008-03-09 , consulté 2077 fois

    Commentaires


    Romain le 10/04/2008 à 17:50:59
    Sinueux, remuant !
    Philaë le 31/03/2008 à 17:10:29
    On en reste mains bées et bouche close
    Le ver est dans le fruit le 18/03/2008 à 11:35:14
    Quel souffle !!!

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