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    Le petit théâtre de Cage Marais (25)

    Je prépare mon bagage, petite valise d'hôpital et d'internement mais aussi de grand air et je pars à la mer qui me lasse très vite avec ses hordes d'estivants bruyants, dénudés, cramoisis. Je cherche en cet été un endroit déserté. Je quitte le sud, sa mer d'huile et ses forêts qui s'embrasent rien qu'à les regarder. Je remonte le Rhône jusqu'à Lyon où j'ennuie mes heures pendant deux jours. Je marche d'un fleuve à l'autre sans être happée par rien. Je grimpe sur les pentes de la Croix Rousse, quartier plus aimable mais pas plus combatif. J'entre dans un bistrot, le café et le regard sont si noirs que je me réfugie dans un autre, un bar-tabac, où j'achète un paquet de cigarettes, et j'en fume une petite douzaine en buvant presque autant de cafés. La nausée me surprend au bord de la septième tasse. Le garçon prévenant a l'oeil et voit le mien tourner. Il me dirige vers les toilettes de peur que je vomisse sur son comptoir mon désoeuvrement, ma vie sans orientation générale, sans dessein d'avenir, sans précipitation de désir, d'envie, de volonté. Je regarde l'existence couler comme un fleuve indifférent et j'ai soudain l'envie d'entendre une voix amie mais je n'ai pas d'ami, pas de lien, parfois un qui dure un peu et que je défais comme des lacets de soulier. J'appelle mon frère Gontran, qui ne s'étonne pas de mon appel, le premier depuis un an. Il parle de sa tournée de théâtre où il joue sous chapiteau itinéraire le coq glorieux de la Maison Tellier revisitée. Il parle de ses projets, de ce metteur en scène-amant dont il attend fébrilement qu'il le fasse jouer dans une de ses pièces d'avant-garde qu'il garde secrète jusqu'au dernier moment. Il parle de pièces saluées par la critique, boudées par le public qu'il faut bien sûr éduquer à un regard neuf au milieu de l'abrutissement généralisé. Il dit c'est le meilleur mais personne ne le sait encore. Il dit encore ses désirs de comédien, qu'il donnera tout à ce génie de la scène, ombrageux et distant, que lui seul sait humaniser. Il dit, il dit et je devine qu'à chaque soir retrouvé, il espère, qu'à chaque matin quitté désespéré, il maudit. Je me revois riant à ses déguisements, à son boa de plumes qu'il manie avec grâce en me chatouillant la joue. Il parle de robe, de drapé sans couture qu'il confectionne toujours.

    Article ajouté le 2008-02-11 , consulté 2219 fois

    Commentaires


    Aurélia le 13/02/2008 à 21:14:48
    Votre écriture captive tout en permettant des associations libres mais il faut aussi, vous nous y contraignez, accepter jusqu'à la dissipation du silence.

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