nathalie epron

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    Le petit théâtre de Cage Marais (23)

    Je finis par entretenir un commerce sensuel avec lui, de façon très irrégulière. Un jour dans la remise à outils, un autre dans la camionnette du luthier, dans la forêt où, pour la première fois, adossée à un chataignier ombrageux, il me pénètre timidement. Je sens à peine son intrusion tandis que les odeurs de mousse et de fougère humide flattent nerveusement mes narines et mon imagination. Il a un appendice de garçonnet qui, je l'expérimente très vite, convient mieux à mon revers en période oestrale. D'échapper au face à face le rend plus fougueux, plus audacieux, plus impatient aussi. Son désir le rend irritable, colérique puisque je le contrains à l'abstinence quatre semaines par mois. La cinquième, j'aime l'ombre projetée sur le mur, le murmure incessant des souffles séparés qui ne peuvent se rejoindre. Je m'abandonne à moi, pas à lui, dans ce regard qui accroche les rideaux, la tapisserie à fleurs, le lavabo blanc branlant, le rai de lumière blême à travers les persiennes closes. J'aime ses mains longues à mes hanches, à mes fesses, à mes cuisses qui battent en retraite pour aussitôt revenir s'y poser, empoignant je ne sais quel vertige de l'autre. J'aime nos changements de revers, la gymnastique corrective de la mystification où je plante mes ongles cassés dans la chair laiteuse. Je ne sais, quand vient mon tour, que me presser. Mon désir colle à sa souffrance dans cette volupté que je me hâte de réaliser, indifférente à la pudeur autant qu'à la trace bleue de mes doigts sur lui. J'aime l'histoire de mon corps dans cette chambre 26 de l'hôtel du cours Mirabeau en cette fin de décennie où meurt ma jeunesse en même temps qu'une idée de la France post-soixante-huitarde qu'il me tarde de voir s'essouffler au trépas de l'illusion socialiste. Je lutine la lutherie et le joli garçon pendant presque une année entière. Il parle d'amour et rêve de gauche au pouvoir. J'oublie la Cage ancienne dans cette cage dorée. Je ne suis plus que la forme qu'ils me donnent. Violon ou amante, je me soumets sans résistance au destin qu'on me donne.

    Article ajouté le 2008-01-30 , consulté 2379 fois

    Commentaires


    Marianne le 07/02/2008 à 19:50:37
    La lecture avec vous devient une peau étrangère à laquelle on se colle et dont on a du mal à décoller.
    Sharon Hole le 03/02/2008 à 09:19:55
    There are all sorts of people undone and there is little or not fun done.

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