nathalie epronArticles
PhotosForumNewsletterKep/CambodgeLa côte cambodgienne et son cortège funèbre de villas calcinées, de bâtisses éventrées et d'édifices explosés (les Kmers Rouges n'ont quitté la région qu'en 98) inspire, de facon ambiguë, une poésie du délabrement. La vie, doucement, y est revenue, l'air de rien, l'air marin la ravigotant au rythme des marées et des naissances successives.
Des tas de gosses courent, chahutent et rient ; des garconnets, bout de bois au poing, jouent à la guerre entre les murs lépreux criblés de balles
tandis que des fillettes sages et sales trient des coquillages vides pour je ne sais quel usage. Dans ce décor suintant d'une histoire sanglante que l'actualité ravive à la désapprobation presque générale de la population, les gestes quotidiens d'une femme préparant la pitance du jour, d'un homme réparant avec du sparadrap un bout de toit qui menaçait de tomber, effacent jusqu'au souvenir des mains cruelles des bourreaux. D'un squatt à l'autre, une même expression impérieuse de vie avec la nature comme encombrante intruse, résidente obstinée et sournoise de sites longtemps abandonnés puis lentement reconquis avec des moyens de fortune. La seule différence, c'est qu'ici la foule des sans riens vit au bord de plages de sable blanc et de cocotiers dont elle sera tôt plutôt que tard délogée par des promoteurs de rêves en dollars - Singapouriens, Chinois, Thaïs ou blancs - qui s'engraisseront en graissant, de la base jusqu'au sommet, la pyramide des fonctionnaires et des militaires, pour bafouer sans vergogne la loi cambodgienne qui stipule que toute personne devient propriétaire du lieu dont elle a l'usufruit depuis plus de 5 ans. D'énormes 4/4 jetant leurs reflets obscènes dans la lumière des phares des mobylettes annoncent que tout cela est imminent, que les Kmers, comme les Laos, continueront d'être dépossédés des seules richesses de leur terre et qu'ils figureront pendant encore longtemps sur la liste noire des pays les plus pauvres de la planète. Heureusement, il y a Bouddha pour supporter tout ça et regarder, goguenard, des généraux aux étoiles achetées, siroter tranquillement un café à la terrasse huppée de la ville, cigares au bec et tongs au pied. A lire dans la revue
Article ajouté le 2007-12-06 , consulté 1904 fois CommentairesMichel le 23/12/2007 à 17:16:33Est-ce mieux chez nous en ces temps de régression sociale et d'étalage vulgaire de richesses dont profitent quelques uns dont le premier des Français ? J'ai honte pour mon pays et pour celui qui nous dirige de façon aussi indigne. Bon Dieu le 17/12/2007 à 10:55:43 Les bondieuseries, c'est comme la misère, c'est mieux sous le soleil! LILIANE le 12/12/2007 à 12:20:06 LE RETOUR C EST QUAND/TU AS RATE 1 BELLE FETE Mic le 06/12/2007 à 22:11:32 Mais est-ce que Bouddha résistera à la prise de conscience d'une population qui finira par entendre, que la résignation est une mort à petit feu ? Toute la question réside dans le choix d'une mort inéluctablement lente ou plus brutale si l'on ne se résigne pas ! Sur la balance de la vie, le choix penche souvent du même côté dans toutes ces contrées. Durite le 06/12/2007 à 11:45:13 Oui, heureusement qu'il y a Bouddha et Mahomet et Jésus-Christ et Sarkozy et quelques autres encore pour faire avaler les couleuvres de la misère et de la fatalité Sister le 06/12/2007 à 10:20:10 Dis quand reviendras-tu ? Dis au moins le sais-tu ?... LiensVoir les articles de la catégorie " L'ailleurs "Afficher une version imprimable de cet article Retour aux articles |