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    Sihanoukville/Cambodge

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    Un bord de mer crasseux où le sable disparaît sous l'invasion anarchique de paillottes locales ou sous le béton d'investisseurs russes qui ont édifié d'affreux lieux touristiques sans âme et sans client. Derrière, la ville, qui n'en porte que le nom, a une géographie tout aussi brouillonne, sans centre et sans charme, où les bidonvilles nombreux côtoient quelques villas closes. Beaucoup sont en vente comme nombre de commerces improvisés à la va-vite par des paumés occidentaux qui ont cru à je ne sais quel miracle économique. Les commerces ferment ; les paumés restent, désoeuvrés, incertains au bord d'une mer de rêves qui n'accostent jamais. D'autres ont leur braguette comme seul motif de passage. Caricatures pleines de bière et de rire gras ou individus sans stigmates particuliers qui viennent, en toute simplicité, passer leurs congés payés dans des fesses bradées. Ambiance de corps de garde garantie qui empuantit les étroites ruelles défoncées qui dévalent vers la mer dont les minces et rares bandes de sable sont arpentées par des hommes seuls en quête de chair fraîche et docile. Ca pue la misère de blancs qui rejouent ici le rapport de domination sexué et économique en imbéciles aux gestes tendres ou en rustres rougeauds de soleil et de paroles mal maîtrisés ; ça pue la misère quand des pauvres d'entre les pauvres instrumentalisent des encore plus démunis. L'un transporte sur son dos maigre un mourant qu'il exhibe à toutes les tables pour quelques riels, un aveugle tient en laisse une petite fille qui le guide et ramasse l'argent que leur triste duo suscite immanquablement auprès d'une population locale plus nantie qui leur abandonne facilement quelques billets, un autre si mutilé qu'il n'a plus figure humaine cuit lentement en plein soleil, à moitié comateux quand deux hommes vigoureux l'emportent dans la nuit pour le refroidir un peu avant la cuisson du lendemain.



    Article ajouté le 2007-11-30 , consulté 2355 fois

    Commentaires


    Marianne le 09/12/2007 à 07:10:42
    D'un rivage un visage l'autre que vous envisagez avec un regard intéressant et lucide pour vos contemporains.
    Merenda le 01/12/2007 à 15:07:28
    Moi, je suis une fan absolue du regard que vous portez sur les choses. D'une grande acuité, sans concession mais qui dénote une sensibilité, une intelligence rares. Toutes vos chroniques de voyage, denses ou courtes, me procurent un vrai bonheur et je suis avec beaucoup d'assiduité ce périple que généreusement vous faites partager à ceux qui vous lisent.
    Bug le 30/11/2007 à 11:13:43
    C'est raide ! On dirait du Houellebecq...
    Camille G. le 30/11/2007 à 09:14:59
    Merci chère Nathalie Epron pour ce témoignage de la misère et de l'infinie détresse humaine.
    Sister le 30/11/2007 à 08:55:13
    Quel tableau ! Quelle noirceur !

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