nathalie epronArticles
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Des rues tracées au cordeau, de hautes maisons à la francaise et moi qui m y promène, lustrée de près, dans une tenue immaculée. Là, comme à Vientiane, il y a deux villes dans la ville : l'occidentale et l'autre. Blanc sur blanc, je ne dépare pas dans ces larges avenues aux trottoirs asphaltés où les seuls indigènes visibles sont les garcons de café déguisés, chemise blanche et pantalon noir repassés de rigueur, au service hésitant ou trop zélé. J'entre, comme mes semblables, dans un de ces jolis endroits mêlant plus ou moins subtilement l'authentique et le surfait où le propre se renifle de loin. Le rouleau de toilette, la serviette en tissu, le verre étincelant sont enfin à portée de main et c'est avec une grasse satisfaction que je m'attable en me réjouissant de pouvoir tapisser mon estomac de saveurs toutes coloniales. Le recul toujours plus exponentiel de la zone des autochtones explique, sans doute, le succès de Luang Prabang, destination phare de ce petit pays, classé patrimoine mondial de l'humanité et, comme à chaque fois, ce classement fabrique un lieu de moins en moins humain et de plus en plus figé dans des vestiges pour touristes pressés amateurs obligatoires d'histoire ancienne, indifférents à celle en train de se faire. Vivants relégués en périphérie, visiblement plus dérangeants que tous ces vieux murs qui témoignent d'un vécu révolu transformé en une mise en scène grotesque d'un bouddhisme vampirisé par une horde de touristes appareillés et gauches.
Tout le monde est instrumentalisé et suit l'impératif de la récupération mercantile : un peu de géographie, un peu d'histoire vite apprise et aussi vite oubliée, un peu de feinte ferveur et surtout pas de politique, nulle part, jamais. Article ajouté le 2007-11-08 , consulté 1878 fois CommentairesCheeta le 17/12/2007 à 15:22:15On ne touriste pas pour se faire chier ! LiensVoir les articles de la catégorie " L'ailleurs "Afficher une version imprimable de cet article Retour aux articles |