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    Van Vieng /Lao

    Le long des pistes traversées, souvent défilent des femmes en parapluie sous un soleil de plomb.

    La nuit tombe sur Van Vieng et dessine le relief tropical (forêt, gros rochers et rivière) en ciel noir étouffant. La nature fait un bruit assourdissant : on peut en manger des grillons, ils y sont des millions. J'ai suivi le ramasseur avec une petite bêche et une lampe torche. J'en ai attrapé 10, j'en ai croqué 2, grillés à point, craquant à souhait, même si c'est bien meilleur pilé avec de la citronnelle et du piment doux.

    Dans le vacarme nocturne, on n'entend aucun son d'oiseau. De jour pareillement, pas même un bout d'aile entrevu : n'importe quel volatile est frénétiquement piégé. On les retrouve embrochés sur les marchés, près des oeufs cuits à la flamme, brochette de 4 ou 5 poussins incarcérés dans leur coque dont les lao raffolent.

    A Van Vieng et dans sa région, on se souvient de la guerre, on croit les édifices abandonnés hantés par l'esprit des morts. Quand ils sont rénovés, c'est uniquement pour accueillir d'hypothétiques touristes. Aucun lao ne s'y aventure et il est difficile de trouver des ouvriers pour y travailler. A deux pas du centre, la piste d'atterrissage de la base américaine défigure encore le paysage. Quelques malles de soldat avec leur nom en toutes lettres sur chacune sont restées en rade. Les années ont passé, les guerriers sont partis mais dans ce monde sans vraie saison, le temps s'écoule autrement. C'est cela, je crois, le vrai décalage horaire, ce rythme qu'il faut adopter quand on est ici. Un temps lent pour des journées qui vite passent de la lumière brûlante à la faible clarté lunaire. Plus loin, forcément à l'ombre d'un temple, dans de petites cahutes de bois noir vit, sans nulle contestation possible, la taupe humaine. L'agitateur n'existe pas tandis que son frère le délateur prospère. La majorité du peuple est à genoux, entre ses mains file la poussière d'or (le pays en regorge ) et l'espoir de jours meilleurs. Pas de classe moyenne : des très riches côtoient des très pauvres près des bouddhas en or.

    Certains ont les yeux ici et la tête ailleurs comme ces toutes petites filles qui, au lieu d'aller à l'école, grimpent les pentes dangereuses pour chercher de quoi manger. De toutes petites filles sales et chétives qui portent des nouveaux nés à peine plus petits qu'elles. De toutes petites filles en haillon, partout dans la montagne,  avec des hottes lourdes de ce qu'elles ont trouvé dont des billots de bois qui les écraseraient sans peine si elles trébuchaient. De toutes petites filles partout sur le bord des chemins tout tracés de misère.

     De toutes petites filles comme une liquidation de l'avenir.

     



    Article ajouté le 2007-10-23 , consulté 2028 fois

    Commentaires


    Dol le 17/12/2007 à 15:29:08
    J'en salive...euh... non, je voulais dire j'en déglutis et puis je vomis.
    Le ver est dans le fruit le 24/10/2007 à 12:15:53
    Oups...!!!
    mic le 23/10/2007 à 10:04:31
    Comment rester... impassible... devant ces images ?

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