nathalie epronArticles
PhotosForumNewsletterLe petit théâtre de Cage Marais (20)La poussière soulevée par le vent d'Aix entre dans mes narines, le bitume au front frappé m'éclate l'arcade, le haut du front, la pommette droite. Je frappe contre la terre mon visage, je n'ai plus les pieds sur terre la tête à terre pour un baiser âpre au sol des pas perdus. Je me relève et une fois encore, je me jette de tout mon poids contre le sol dur que j'écorche de mes ongles qui s'arrachent au contact du macadam résistant à mon envie de combat. Cette lutte vient de bien plus loin que moi, c'est le non de toutes les femmes qui passe par moi. Ce non me vient de partout, je ne le prononce pas. Elles vivent à travers moi je vis à travers elle ce cri informulé, cette violence du désordre quand l'ordre pèse et ne baisse pas la garde. Mais bientôt les hommes de la garde arrivent. Ils ne savent pas comment faire face face à la créature folle. Ils ont peur, ils avancent, ils reculent, ils appellent d'autres à la rescousse. Armés désarmés, ils éloignent le troupeau qui bruit. La boulangère crie la folle depuis des mois sur son banc. Elle dit qu'elle le savait, qu'il faut m'enfermer loin de ses odeurs de pain chaud. Je regarde cette femme de loi de loin. Les hommes eux m'empoignent, me soulèvent de terre, une main essuie le sang qui m'aveugle, des bras m'emportent. Ceux du troupeau se taisent, ils n'envoient plus de pierres, ils sont dans la plainte, dans l'appel des ténèbres, dans l'effort héroïque pour ne pas être trop clairvoyants, pour tenir vaillants sur leurs deux jambes, la tête bien posée sur leurs épaules pour vivre, vivre parmi leurs semblables avec le désir ténu d'être différent sans l'être trop. Ils sentent sans doute la dégringolade possible et consentent tacitement avec celle qui se laisse aller plutôt que de se laisser mener. Je sens tout cela et leur manque d'hostilité et leur trop grande compréhension alors que je passe de l'inexistence à l'effacement avec la plus grande joie. On me donne le choix. Je décide de me soigner, de ne pas mourir tout de suite. On me dirige vers une clinique psychiatrique. Le premier jour, je prends cent un cachets à cause des cent un dalmatiens. On me récupère in extremis. Pendant des mois sous surveillance avec neuroleptiques. Je réintègre une vie sans neuroleptiques du jour au lendemain. Je n'ai pas d'inquiétude pour l'enfant son avenir. L'abandon m'abandonne au fil des rivières. Je mène ma barque de marécage en marécage, je sors Cage de son marais, je remonte la source, trouve les ressources avec le sentiment de revenir d'un long voyage dans des paysages étrangers. J'ai cru divaguer, je naviguai et j'ai bâti en pierres ton arrivée, une maison où nous garder, la maison d'Hélène et de René-Guy, le renégat et la re-née. Et j'attends de nos belles amours vers elles que montent tes désirs Ta main gauche est sous ma tête et ta droite m'enlace. Article ajouté le 2007-09-19 , consulté 2990 fois CommentairesAurélia le 05/01/2008 à 07:39:58On se lasse d'attendre en vain quelque chose qui ne vient pas comme de quelqu'un qui ne vient plus aux rendez-vous que tacitement on s'est fixé... Un lecteur assidu le 31/12/2007 à 03:59:22 Mélange de genre humain : est-ce l'enfant qui résiste qui ici s'exprime ? L'écrivain le 21/12/2007 à 17:12:35 Bien écrire, n'est-ce pas le contraire d'écrire bien ? Aube le 09/12/2007 à 07:20:04 Vivement votre retour pour connaitre la fin. Quand ? LILA le 11/10/2007 à 14:35:02 BEAU ROMAN, BELLE HISTOIRE, A QUAND LA SUITE LILIANE le 19/09/2007 à 11:26:33 IL VA FALLOIR ATTENDRE TON RETOUR MAINTENANT OU LE CAGE MARAIS EST FINI??SI OUI DOMMAGE ET BEAU VOYAGE ......... LiensVoir les articles de la catégorie " roman inédit en ligne "Afficher une version imprimable de cet article Retour aux articles |