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    Le petit théâtre de Cage Marais (19)

    Le petit clan resserré autour d'elle s'éloigne, traversant la place et remontant la rue Chanal après un arrêt à la boulangerie où la petite fille aux pieds mal alignés, gardienne du landau, attend calmement sa mère et son frère aux jambes trop vite poussées. Je les perds de vue avec un pincement au coeur à l'angle de la rue Troyenne. Je ne m'installe plus dans mon corps, je me vautre dans mon cerveau. Qui laisse une trace trace une plaie, le soleil brûle sur mes gros seins découverts. Non ! C'est mon sein qui brûle et je donne du feu aux passants qui fument deux bouffées auprès de moi avant de s'en aller parce que je n'entre plus dans le piège de la communication. Je n'ai rien à dire, rien à entendre surtout. Dans mon épuisement, je pose des questions dont j'oublie d'écouter les réponses. Je ne demande plus rien. Je me retire dans mon vide, sans rien produire que ma propre disparition. Je suis ce mouvement par lequel ce qui apparaît, disparaît. Les autres me perçoivent comme telle, ils passent à côté de moi de plus en plus souvent sans aucune adresse à mon endroit. Mon absence de syntaxe est comme un école d'éloignement. Je ne suis pas malheureuse, je suis juste dans le devoir de me taire, me taire comme se taisent les femmes depuis toujours, les femmes qu'on tait qu'on tue qu'on terre pour que vive le monde, les femmes en silence qui ont des enfants. Les femmes les font, portent les petites marionnettes,  les hommes les font puis trois petits tours et puis s'en vont les enfants de cette lourde chaîne humaine, dociles au mouvement qui conduit de l'enfant qu'on fut à l'enfant qui naît. Je dois cesser de raconter l'histoire qu'ils peuvent comprendre. Ce n'est pas la mienne cette injonction à rester groupés, cette inscription dans le machinal des choses. J'accepte de ne plus savoir où j'en suis. Je me déplace sur mes extrémités comme une danseuse de corde raide, je ne sais pas sur quel pied penser. J'échappe à tout phantasme de comparaison. Je chute en moi.



    Article ajouté le 2007-09-16 , consulté 3032 fois

    Commentaires


    Barry Hursten le 03/12/2007 à 15:29:27
    O plunge your hands in water,
    plunge them in up to the wrist
    star, stare in the basin
    and wonder what you've missed

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