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    Un jour de Mars ne fait pas le printemps

    Le 8 Mars est une journée que j'aurais mauvaise grâce à dénigrer puisque c'est immanquablement le jour de l'année où je suis le plus sollicitée pour mon "expertise" féministe et où je peux véritablement regretter de n'être pas dotée du don d'ubiquité... Néanmoins, on peut juger dommageable que ce qui s'inscrit profondément dans le quotidien de chacun, de chacune, ne soit mis en lumière (tamisée faut-il le préciser) d'un point de vue institutionnel qu'un seul jour par an et qu'en réduisant quantitativement l'éclairage, on le réduit aussi qualitativement. Je ne m'attarderai pas sur les dérives mercantiles qui transforment un jour de conscience collective en une Saint Valentin bis, la probabilité que les fleuristes deviennent féministes est aussi grande qu'un vote sarkozyste pour les désireux d'avenir... Confusion sciemment entretenue entre le festif facile et le "réflexif" difficile dans une société où l'hommage permet d'occulter les dommages d'une situation de domination qui perdure et que, visiblement, on ne veut pas trop regarder, ou alors de côté, par le petit bout d'une lorgnette qui rend le regard borgne. On sait que cette journée est celle des belles déclarations de principe, que les officiels jonglent de façon plus ou moins convaincante avec les mots égalité, parité, que les media  proposent reportages et témoignages avec chiffres à l'appui - chiffres qui disent beaucoup mais qui ne parlent apparemment que ce jour-là – et convocation de supposées expertes (les femmes parlent aux femmes, c'est Aujourd'hui Madame version XXIe siècle) qui nous abreuvent de leurs sophismes pour nous convaincre que tout ne va pas si mal, qu'il y a eu de gros progrès depuis l'âge des cavernes et que si on veut que les hommes retrouvent leur dignité  (il faudra d'ailleurs qu'on m'explique ce curieux effet de balancier qui fait que quand les unes accèdent à la dignité ou du moins en formulent le vœu, les autres craignent de la perdre comme si nous n'étions pas tous embarqué-es sur le même rafiot prenant l'eau) et leur virilité (à croire qu'un homme n'est un homme que quand il est en érection),  il faut toute affaire cessante que l'occidentale se calme parce que c'est vrai qu'ailleurs y'a beaucoup plus malheureuses que nous… Le principe étant toujours d'euphémiser ce qui se passe autour des femmes pour garantir la paix sociale. Et fuse la fausse idée d'harmonie se fondant sur l'argument fallacieux de complémentarité entre les sexes. Complémentarité qui est précisément le contraire de l'égalité de traitement et qui pétrifie la division sociale des rôles sexués en considérant inlassablement les hommes comme des pourvoyeurs de ressources et les femmes essentiellement comme pourvoyeuses de temps (j'y reviendrai). On ne sortira pas de la difficulté par le recours à des stratégies de mystification sur la surnaturalisation du féminin et du masculin comme on sent poindre la tentation un peu partout, ce qui permet de jouer, répétons-le, sur cette satanée complémentarité entre les deux sexes et de reconduire hypocritement les limites assignées aux femmes. Que je sache "être le complément de" n'a jamais signifié être dans un rapport d'équivalence. Référons-nous à la définition du petit Robert et aux exemples qu'il cite : "le dessert est le complément du  repas" ; "l'annexe, ou plus joli encore, l'appendice, est le complément d'un ouvrage imprimé" ; " le codicille est le complément d'un testament, l'appoint, celui d'une somme d'argent". Nous voilà édifié-es, me semble t-il, sans nul besoin d'épiloguer. Alors oui, le 8 mars peut être une belle occasion de rompre avec le consensus mais à la condition d'une parole libre, précise, à la fois pragmatique et semeuse de visions. Si tout dépend de la volonté politique des élus (ou des forces invitantes) pour que cette journée ne soit pas qu'un alibi, une séquence obligée du politiquement correct, il dépend aussi de nous qui y contribuons d'en faire un vrai sujet et non un motif lénifiant de causeries. Sans un minimum de discernement, ce ne peut être qu'un vain moment et je constate consternée que le degré le plus élémentaire de la réflexion sur l'égalité hommes/femmes n'est même pas présent quand je lis sur les affiches de certaines municipalités annonçant l'événement : JOURNEE INTERNATIONALE DE LA FEMME. De qui, de quoi parle t-on ? de moi ? de ma voisine de palier ? de mon frère qui est peut-être ma soeur ? de ma mère morte ? du mannequin décharné ? de ma boulangère adipeuse ? de l'octogénaire branlante à qui on ne la fait plus elle qui en a tant vu... La femme, drôle de catégorie où l'on doit toutes rentrer de gré ou ... de force. Il y a de quoi être accablée ce jour-là par le tombereau de clichés, de rabâchages, de paroles sédatives ou trompeuses, de promesses incantatoires qui reviennent comme un refrain à chaque 8 mars et qu'on retrouve inchangé l'année suivante… Alors, à quoi sert le 8 mars ? A observer deux ou trois aspects qui ne vont pas (en prenant soin de rester en surface  pour ne pas froisser les susceptibilités, ce qui est un affront pour toutes ces chercheuses qui accomplissent année après année un travail remarquable d'analyse s'ouvrant sur des perspectives concrètes de Vrais changements), à le déplorer et sitôt la nuit tombée à penser à autre chose de fichtrement plus important.


     



    Article ajouté le 2007-02-12 , consulté 1337 fois

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