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    Sérieusement

    Dans mes petits matins blêmes, les heures sont parfois riches, comme ce fut le cas cette semaine en lisant ce bref ouvrage écrit par une sociologue qui en avait déjà commis des stimulants (Le temps des femmes) et par une économiste, spécialiste de l'emploi des femmes.Conscientes que le sort des femmes n'intéresse pas grand monde et que dorénavant, pour susciter l'intérêt, il faut mettre en avant le fait que se préoccuper des conditions faites aux unes, c'est se soucier du bien-être général et qu'en améliorant la quantité et la QUALITE des emplois féminins, cela profiterait à l'ensemble de la société, elles proposent un examen de la situation sociale et économique de la population féminine française et des perspectives très concrètes pour enrayer la dégradation réelle mais invisible qui la touche.

    Plus anecdotique, la lecture de l'édito de Jacques Julliard dans le Nouvel Obs (semaine du 1er février) ou de la page Rebonds de Libé écrite par Serge Hefez (vendredi 2 février) me réconcilie avec ma sale manie de mamivore à laquelle je ne parviens pas à renoncer en ces temps crétins de bipolarisation renforcée d'un sexe contre un autre.

    Je suis allée cette semaine écouter Ségolène écouter. Et j'ai entendu Christiane Taubira.

    Pour revenir dans le vif du sujet :

    Les Françaises conjuguent un haut niveau d'emploi (8 femmes sur 10 sur le marché mais depuis une dizaine d'années, la hausse de l'activité féminine se fait uniquement sous forme de chômage et de temps partiel) et une fécondité soutenue.  Et on nous parle d'un modèle enviable... Le sentiment dominant d'une dynamique d'émancipation, sinon accomplie, du moins irréversible explique en grande partie le fait que la question des inégalités entre les sexes soit absente du débat politique et social. La réalité est pourtant différente : si dynamique d'émancipation il y eut, aujourd'hui elle marque le pas. Les femmes sont toujours moins nombreuses que les hommes à travailler et quand elles ont un emploi c'est pour la plupart dans les services : caissières, employées, femmes de ménage… De plus, leur temps de travail s'est réduit (femmes actives plus nombreuses mais qui travaillent moins que les femmes des générations précédentes). 30,8 % des femmes contre 5,3 % des hommes. Les femmes représentent 85 % des emplois à temps partiel. Ainsi, alors que leur engagement professionnel avait commencé sur la base d'un temps de travail égal à celui des hommes (condition sine qua non d'une égalisation des salaires), on repère une réduction massive du temps de travail depuis les années 90.

    De l'extérieur donc, leur situation a toutes les apparences d'un formidable accomplissement… sentiment d'une autonomie presque parfaite en droit mais en réalité tronquée, impraticable (double journée, précarité, pauvreté). Donc, en même temps qu'il faut poursuivre le combat des droits (discrimination…) et des représentations (mère/femme), il faut ouvrir un nouveau front : celui d'une profonde refondation économique et sociale. Car l'intérêt des femmes n'est pas celui d'une « minorité », mais bel et bien celui de la collectivité dans son ensemble. Leur permettre de travailler plus et mieux relève d'un impératif de justice sociale en même temps que de l'intérêt général bien compris : il s'agit aussi de dresser de nouvelles digues contre la pauvreté (qui touche surtout les familles monoparentales ou nombreuses où seul le père travaille), de favoriser la pérennité de notre protection sociale (en accroissant le nombre de « vraies actives » et donc des cotisations sociales), d'abaisser les coûts collectifs de la persistance d'inégalités (activité domestique non rémunérée ex : un homme qui épouse sa femme de ménage , elle accomplira désormais ses tâches gratuitement, contribue à la diminution du PIB ;remettre en cause la notion d'ayant droit et les pensions de reversion)…  

    Le développement du temps partiel favorise le développement de la pauvreté laborieuse et transforme insidieusement l'emploi féminin en devenant presque la norme (répondant prétendument au désir des mères). L'organisation sociale favorise l'auto-mutilation des compétences des femmes. Alors que la France semblait s'orienter vers un modèle à deux apporteurs de ressources, ces nouvelles tendances poussent vers un modèle à « 1,5 apporteur ». Si cette évolution se poursuivait, on assisterait à un net recul en matière d'égalité  entre les sexes puisque le temps partiel est synonyme de moindre salaire, de moindre progression de carrière et de moindre retraite. Les femmes en couple redeviendraient pour partie dépendante du revenu de leur conjoint. Le pouvoir de négociation en serait réduit d'autant.

     Le gâchis de matière grise : la collectivité consacre un budget important à l'éducation et accepte qu'il n'y ait pas de retour sur investissement pour les filles. Et il apparaît encore plus irrationnel, après avoir consacré de lourdes dépenses à éduquer les filles, d'en consacrer d'autres encore à les tenir écartées pour plusieurs années du marché du travail, via notamment le congé parental rémunéré.

    La société semble trouver naturel que les projets de vie des individus soient prédéterminés par leur sexe bio.

     Pour changer les choses, il faut en venir à généraliser le modèle « deux apporteurs de revenus, deux pourvoyeurs de soins ».

     



    Article ajouté le 2007-02-04 , consulté 1398 fois

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