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    Le petit théâtre de Cage Marais (7)

           La solitude, elle est dans la perception du monde, pas dans l'absence de rencontre. J'ai sept ans, c'est l'été, je passe des journées entières dans les châtaigniers. Je regarde, je ne m'implique pas. Les autres, je ne comprends rien.

    J'ai sept ans et je suis sans connivence avec les enfants, sauf avec un tout petit personnage. Je suis dans la pulsion d'enveloppement parce que je sens qu'il va perdre quelque chose d'immense : la vue. Je mobilise une armée entière autour du petit personnage. A sept ans, je vais dans le vaste café de ma grand-mère, je glisse entre les tables en bois un peu hautes ; j'attends la table désertée pas encore desservie, je la repère, je m'en approche et sur la pointe des pieds, je finis tous les verres, je vois clair, très clairement où sont les choses comme dans un regard d'aveugle. Aucune griserie. Dans l'alcool, petite, je parle au temps qui passe, au buveur qui passe son temps à regarder le temps qu'il fait. Il me donne la pièce pour acheter des bonbons. Il me fait acheter son paquet de gris et me laisse la monnaie. Je garde les sous pour mon petit personnage, pour voir briller ses yeux bientôt morts. Je n'ai pas le temps du cadeau, ses parents l'emmènent loin, de l'autre côté de la grande eau pour se faire opérer. J'arrive dans la vie à sept ans malheureuse, parce que la vie, à ce moment-là, ça n'existe pas. Seuls les arbres, la Loire, l'océan, ça existe. J'attends, je cherche, je trouve des choses à fabriquer, à réparer. Je veux aussi être perdue dans le monde. Pas dans le monde biologique. Pas vivre enserrée dans une famille. Je veux naître en dehors d'un père et d'une mère. Grandir à l'abri des parents. J'aime l'histoire, plus vraie, plus compréhensible pour moi, de l'enfant née dans les choux. Je vais sur tous les chemins avec ma bicyclette. Je roule jusqu'au soir tard. J'oublie de rentrer. On me laisse, on ne me dit rien. Le lendemain, je reprends ma bicyclette. On ne me cherche pas parce qu'il y a autre chose à faire.



    Article ajouté le 2007-01-10 , consulté 3226 fois

    Commentaires


    tomas stejskal le 19/01/2007 à 08:04:12
    I really didn´t read the whole text since part 1, but last three pieces are wonderful. I can trace some contexture or linkage to Proust, I can feel some resonance to Le Grand Meaulnes in this child´s view on the world around and personally: this perspective is very close to mine. Thank a lot. Tomas Stejskal
    Eliane le 11/01/2007 à 10:54:31
    Le récit prend une facture plus classique: on passe d'un lyrisme biblique à une narration plus factuelle. J'aime beaucoup ces changements de registre.

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