nathalie epronArticles
PhotosForumNewsletterLe petit théâtre de Cage Marais (4)A l'endroit merveilleux où elle est, dans cette falsification où elle se sent bien, succède la tricherie révélée et ses yeux sombres verts en interrogation dans les allées désertées du zoo de Vincennes qu'une cabriole de jeune babouin ne divertit pas, dans les galeries du Louvre ou les arts islamiques ne lui parlent pas, où la Joconde coincée dans un petit format la déçoit, un peu plus saisie au musée Maillol où elle voit dans les jets de Basquiat elle-même jetée dans le monde. De nouveau vertement assombrie, le couvent des Cordeliers hanté d'assassins et d'assassinés qui des deux est le plus cruel ? menace l'éclaircie de ses ombrages feuillus aux Buttes Chaumont où elle marche seule, vingt mètres devant. Les marches de Montmartre la rebutent, la renvoient à d'autres ascensions. POURQUOI tu ne me grimpes jamais dessus ? Comme la preuve du plus grand de l'amour, dans ce sommet du phantasme dauphinois dans l'ignorance des désirs atlantiques. Le hâvre-trou à longueur de nuit le majeur et l'index mouillés comme une reconnaissance de la mer étrangère, un langage nouveau qui se passe de mots-valises pour partir en voyage. Puis mamantoi console lui dit que si le voyage est encore possible, qu'il peut franchir toutes les femmes, s'enfoncer partout dans l'humide moiteur d'un lieu sous mousson et mousse son envie au seuil de la porte immensément ouverte. Un peu de guerre s'éteint, rapidement s'éteint l'incendie à gestes répétés au grincement régulier du lit où corps embrassés, en brasier s'étendent. Il en faut trois. A deux, rien ne se fait qui ne soit siamoiserie. A trois, un peu de joie. On se trompe parfois entre coucherie et accouchement, on se trompe tout le temps sauf quand on écrit sauf quand on vit voulais-je dire. Je peux réparer les chaises cassées la machine à laver emballée qui rince le sol autant que le linge, je peux tout réparer je peux construire, tout. Une cabane pour l'été, un nid d'aigle pour toi seule, un horizon maritime pour qui veut et occuper les lieux même s'il y en a dix pendant moi. Je peux le festin de Babeth, la souffrance du personnage en mal d'auteur, et sourire de souffrir à ce qui disparaît mais pleurer uniquement devant la beauté du monde avec sa laideur tellement dans la tête, sa mocheté grimaçante qui me tire la langue et à qui je tire le portrait quand je larme l'arme toujours prête à tirer vers le flanc qui s'avance flanche de la balle comme une boule qui fait un gros trou et j'introduis mon doigt dans cette trouée de vie qui n'en a plus pour longtemps à rougir et à palpiter. Je suis d'un genre particulier à vouloir pénétrer ailleurs le corps de l'amour, pénétrer l'entraille, pénétraille où il faut que j'aille je te retrouve. Je peux imaginer d'autres orifices par lesquels pénétrer. Pas dans ce chemin emprunté, creusé, sillonné par d'autres mais dans un autre que j'invente dans tous mes yeux sur toi, dans tous mes rêves qui ont pris forme le soir de cette silhouette assise et distante qui m'interroge insistante au trottoir de minuit quand vient à ses oreilles l'improbable d'une mâchoire fracassée d'un coup de pubis. Ta hantise ensuite d'embrasser un fracas.
Article ajouté le 2006-11-19 , consulté 3309 fois CommentairesArtis le 28/11/2006 à 17:17:35J'attends les suites de cette prose qui sait ménager les effets de suspension et dérouter les registres de narration. Qui parle et à qui parle t-elle cette prose quand elle nous parle d'elles... mic le 19/11/2006 à 14:16:02 Cette poésie intrusive force à l'auto-protection. Je viens de réaliser que l'espèce de tension qui m'habite chaque fois que j'entrevois le point final, est en partie liée à une lecture effectuée en apnée. LiensVoir les articles de la catégorie " roman inédit en ligne "Afficher une version imprimable de cet article Retour aux articles |