Nul besoin qu'on nous force au vertige
Je ne sais pas ce que nous sommes, mais je sais que nous ne sommes pas eux, de la vie à la mort aux décors répétés, de la vie à la mort aux fronts bosselés d'imbécillité. Et que je te me le dis la nouvelle donne, les néos cons ; nous ne faisons ni lignée, ni lignage, juste un peu notre âge parce qu'on emmerde leur classification de ménagères de plus ou de moins de 50 ans. Du haut de leur stupeur, retranchés dans leurs temples, leurs chapelles, leurs églises, ils voient les vivantes apparaître, sur la terre comme au ciel, têtes hautes, corps vaillants, s'essayant au beau crime de lèse-majesté parce qu'on ne tient plus compte d'eux et qu'on apprend obstinément à oublier. On ne reproduira pas l'homme au carré, on veut des ronds, des triangles, des formes inconnues jusqu'à nous. Nos yeux sont nos fenêtres. Ils peuvent fermer leurs volets et garder leurs sourires décoratifs, leurs silhouettes de miroir pour le grand soir. Nous n'irons plus au bal leur marcher sur les pieds avec des ongles et des dents qui luisent dans le noir. Car, un jour, nous en avons eu assez de nos destins raturés, de l'ascension vertigineuse des crétins, des lèche-ciels empressés qui se succèdent inchangés. Quand la rumeur du monde fracasse nos solitudes; qu'on s'écorche la vue sur des yeux grillagés; qu'au choix, on meurt soit d'ennui, soit de haine parce que nous n'avons jamais été ce qu'on nous nomme, ce qu'on nous somme d'être, ce qu'on assomme en nous. Le refus aujourd'hui est de se laisser engluer, de nous présenter enfin délestées de notre lourde matière ancestrale, de cette culture toujours habitée par l'absence. Elevons un monument aux mortes au milieu duquel s'élèverait une stèle à bigoudis, une statue à dégommer accompagnée des refrains de la fronde. Tout se tait tout autour et la vieille terreur se terre tout autant que crétins encore ramassés à la pelle qui parlent tout le temps tout le temps parlent pour ne rien être. Nous avons décidé du contraire et voici venu l'automne de leurs jours, l'hiver des sexes divisés, le genre en appellation de moins en moins contrôlée : genre humain, genre féminin, genre littéraire... Que de drôles de genres qui ne sont pas notre genre puisque nous n'appartenons à aucune catégorie ou alors, parfois, pour nous faciliter la vie quand on la traverse avec un pas alourdi de feuilles et d'amours mortes. Le reste du temps, hésitantes, tâtonnantes... loin de cette assurance qui pue la prétention et la dilution du collectif, on cherche une indication pour se perdre, une désorientation murmurante plutôt qu'éclatante, les abandonnant à leurs rêves d'empire, à leurs vacarmes inutiles, à leur cour de récré où des baffes se perdent qu'on aimerait donner. Si, jusque là, nous n'étions pas nommées ou si peu ou si mâle, au moins nous ne sommes pas comme eux, avec des noms sans personne derrière.
Article ajouté le 2006-11-18 , consulté 1454 foisCommentaires
Nadine le 11/01/2008 à 11:13:50
J'aime votre façon d'y aller, votre façon d'écrire, de décrire une réalité si peu mise en accusation...
Rachel le 16/05/2007 à 18:54:15
Je me souviens d'un jour de lecture publique. Vous l'aviez lu dans ce beau lieu parisien. L'auditoire était tout ouïe... Beau souvenir.
feme le 28/11/2006 à 17:13:39
Texte coup de poing, coup de sang qui mérite d'être lu, plus encore entendu par toutes ces oreilles sourdes au chant de la liberté.
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