nathalie epronArticles
PhotosForumNewsletterOrage
Editions Double Interligne, 2001 Roman d'humour noir Extrait : Porceline, qui mange solidement quand ça va et dévore quand ça ne va pas est en train de rucher tristement, dans la pénombre mortuaire, une côte de porc un peu grasse à son goût. Mon frère aîné qui a passé son temps à étudier le plafond en silence, les mains à plat sur ses cuisses d'haltérophile polonais, s'anime un peu en tentant de percer un bouchon niché dans les plis de son cou. Ma grand-mère, revenue de sa fureur première, touille mollement un aspro dans son verre de vin à 11° qu'elle a pris soin de ramener de chez elle malgré les regards réprobateurs et muets de Sylva qui se signe à tout bout de champ. Ma pareille, vautrée impérialement sur mon lit, feuillette des magazines à ragots avec une expression blasée, tandis que Phil, esquissant quelques pas de danse, fredonne toujours j'ai de la peine. Qu'est-ce que j'ai de la peine. Mon père, sous bonne escorte, fait irruption dans la pièce, en vieux loup de mer brisé par les flots. Résolu à se laisser pousser la barbe depuis sa retraite pour effacer l'officier du marinier, il a les joues bouffées par des poils raides et cendrés et la peau fissurée comme un sol aride et incultivable. Ma grand-mère étouffe à peine un cri de révulsion tant cette apparition piétine le souvenir qu'elle en avait gardé d'un homme plein de prestance, toujours tiré à quatre épingles, sentant si bon le frais et la droiture qu'elle l'avait tout compte fait envisagé - quand elle était beaucoup plus jeune - comme un convenable et même enviable compagnon de route. Anéantie, elle s'échoue sur le lit, repoussant sans ménagement ma pareille qui ronchonne l'air rosse. Et, assise sur les journaux qui crépitent sous son cul, elle ne peut s'empêcher de s'exclamer: "Comme il a changé mon dieu !Qu'il est devenu vilain, c'est affreux!" Ses rides de dégoût rivalisent avec les rides de terreur qui se dessinent sur le visage de mon père quand il me voit. Une peur couleur abysse teinte ses pupilles, ses ongles gris lacèrent sa paume de naufragé. Une telle haine de la mort me rend mal à l'aise. Et lui, qui est-il donc pour mettre tant d'entêtement à durer ? Article ajouté le 2006-11-10 , consulté 6918 fois CommentairesMaria le 09/01/2008 à 20:17:13C'est sûr qu'il faut avoir recul et légèreté pour saisir toute la drôlerie du propos sans se faire trop poursuivre par des personnages qui ressemblent trop à ceux que l'on croise, à ceux que l'on cotoie de près. Leila le 09/01/2008 à 19:23:49 C'est vraiment génial de drôlerie et de noirceur ! Odalisque le 14/09/2007 à 08:40:19 De l'humour noir, très noir. Une vision apocalyptique des relations humaines, filiales notamment, et une galerie de personnages à graver dans le marbre funéraire de nos désillusions... Thierry le 11/09/2007 à 16:57:54 Humour décapant, c'est le moins qu'on puisse dire à vous lire. L.A le 15/07/2007 à 01:57:20 Je viens d'en finir la lecture. Froid dans le dos. Line le 01/07/2007 à 18:12:37 Waooouh ! Helen le 13/06/2007 à 17:27:43 J'ai ri, j'ai pleuré, j'adore. Piotr V. le 24/05/2007 à 06:39:04 Voilà longtemps que je n'avais pas autant ri, on dirait un drame antique... Dylan le 02/03/2007 à 15:31:15 Romanesque à souhait, humour noir, humour noir... j'ai l'impression d'avoir découvert un nouvel auteur et quel auteur ! AC le 11/01/2007 à 11:00:53 Bouquin percutant qui sait faire rire sur des choses graves, ce qui est précieux. Potiche le 05/12/2006 à 16:40:18 A mourir de rire...Un sujet porté par une plume dévastatrice qui sait débusquer le bon mot comme personne. Quelle incroyable galerie de personnages et, en dernier ressort, quelle écriture ! LiensVoir les articles de la catégorie " Romans "Afficher une version imprimable de cet article Retour aux articles |