nathalie epron

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Villa Amalia

Coïncidence quêtée et toute trouvée entre un moment raviné de l'existence et la forme d'un film puis d'un livre. Une trahison telle qu'elle ne peut s'embarrasser du matériel, de l'attente qui encombrent l'espace de vie. Désir, peut-être communément partagé, de quitter, de se quitter soi.

Renoncer aux mots, au lieu. La nuit, la pluie, la pénible édification d'un réel qui n'existe plus d'une minute à l'autre. Le corps conjugal, le corps social perd brutalement son lendemain. Il y a de la Lol V. Stein chez Anne Hidden. Un cri qu'on n'entend pas, une absence à sa propre douleur comme à celle des autres, un abandon de toute logique compassionnelle.

Les procédures de disparition longues à se mettre en place : vendre les meubles, la maison, brûler les papiers, les photos. S'évanouir, entreprise presque impossible dans un monde contemporain où pistés dans nos moindres faits, il faut casser le téléphone portable, aux ciseaux couper la carte bleue, renoncer à internet, remplir des formulaires de procuration, s'acquitter de toute une paperasserie bancaire et douanière. Ce qui permet d'envisager un avenir se défait dans cette néantisation de l'environnement familier avec ce geste dix fois répété de sacs jetés dans les poubelles.

Description sans paroles, ou à peine, d'une décision irrévocable que rien ne vient détourner, transmise uniquement par les états physiques du personnage, en une succession de plans brefs, entre ciel et eau dans ce paysage par moi parcouru et qui, à tort, renforce l'identification qu'il me plaît d'y trouver. Avec, en prime, cette immersion nécessaire, impérative de quelqu'une qui, tout le temps se jette à l'eau, nageant athlétiquement jusqu'à se noyer presque. Et renaître sur des hauteurs rudement conquises que la mort, bien davantage dans le livre de Quignard, vient follement perturber, jeune et vieille mortes qui disent la fin, la fuite en arrière avec un père revenu qui s'en retourne définitivement, une enfance retrouvée morte aussi dans le compagnon du même âge. L'arrêt sur image se faisant bien avant, le livre est plus radical, plus ornemental aussi. Alors qu'avec Huppert toujours, on touche à l'os.



Article ajouté le 2009-04-17 , consulté 1574 fois

Commentaires


Isa le 19/06/2009 à 17:05:41
Il faut être sacrément cortiqué pour saisir toute la profondeur de ce film
Solanas le 27/04/2009 à 14:45:57
C'est une saisie au corps d'une vie repris aux autres corps défendant !
Véro le 23/04/2009 à 10:04:00
Vos mots traduisent bien l'atmosphère de ce film magnifique !

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