Cliquez ici pour imprimer cet article
Homicide
Un homme descend dans la cave par des escaliers et des passages mal éclairés ; il y a par moments de grands bruits qui le font frémir. Il traîne son rival facilement car il est léger comme une femme. Il hisse le mort sur son dos pour aller plus vite et hâte son allure dans le couloir sombre de plus en plus sombre. Il a prévu une lampe torche qu'il extirpe difficilement de sa poche. Il l'allume pour s'enfoncer très loin dans la galerie souterraine. Il bute sur un corps puis sur un autre. D'autres avant lui ont songé à entreposer ici les gisants de leur haine. Un squelette tremble sous sa fourrure, un autre crie presque sous le poids du pas lourd qui écrase ses phalanges tandis qu'un tout petit à peine expulsé n'a connu de la vie que la nuit des entrailles. Plus avant, un couple enlacé vraisemblablement suicidé et des solitaires couchés pour l'éternité qu'il lui faut contourner, enjamber, dépasser pour trouver une place vacante. L'homme marche longtemps son fardeau sur le dos ; le peuple des morts se raréfiant, il finit par abandonner le cadavre dans un grognement de soulagement. Voilà, se dit-il, le grand cimetière des choses vécues. Maintenant, je ne m'assoirai plus sur un banc à côté de ma vie. Le destin, pense-t-il, par ses propres mains étranglé change sa destination. Il s'enivre moins de ce qu'il croit possible que d'avoir commis quelque chose pour la première fois car faire quelque chose pour la première fois, c'est l'inventer croit-il, l'inventer même si elle a déjà été faite des millions de fois par des millions d'individus.
Article ajouté le 2008-03-28 et consulté 1345 fois
Créez votre blog gratuit sur Blog4ever.